Pourquoi j’ai décidé de me former au Programme d’Entraînement aux Habiletés Parentales de Barkley (PEHP)
Cela fait maintenant deux ans que j’accompagne des parents dans le cadre de ma pratique de psychopédagogue.
Deux ans à écouter des parents me parler des devoirs qui tournent au conflit, des consignes répétées encore et encore, des écrans, des crises, de l’opposition, des matins impossibles, des couchers interminables…
Deux ans aussi à entendre des phrases comme :
“On a tout essayé.”
“On passe notre temps à répéter.”
“Je sais qu’il faudrait que je reste calme, mais au bout de la dixième fois…”
“Chez les autres, il ne fait pas ça.”
“J’ai l’impression d’être un mauvais parent.”
Et puis il y a cette phrase que j’entends sous mille formes différentes :
“On fait comme on peut.”
Et c’est précisément pour cela que j’ai décidé de me former au Programme d’Entraînement aux Habiletés Parentales (PEHP) selon l’approche de Barkley.
Bon. Pas uniquement pour cela.
Première raison : j’aime apprendre. Voilà.
Oui, j’aime les diplômes.
J’aime me former. J’aime apprendre. J’aime comprendre pourquoi quelque chose fonctionne, comment cela fonctionne et comment je peux l’intégrer à ma pratique.
C’est mon petit côté Hermione Granger, et je l’assume parfaitement.
Mais après deux années d’accompagnement parental, j’avais surtout envie d’aller plus loin : confronter ce que j’observais en consultation à un programme structuré, protocolisé et spécifiquement pensé pour les difficultés comportementales que peuvent rencontrer certaines familles d’enfants avec TDAH.
Deuxième raison : parce que les recommandations ont évolué
Les recommandations françaises de la Haute Autorité de santé publiées en 2024 ont renforcé la place de l’accompagnement des parents dans la prise en charge du TDAH de l’enfant et de l’adolescent.
La HAS inscrit le TDAH dans un projet thérapeutique global, multimodal et pluridisciplinaire, comprenant notamment la psychoéducation, les interventions auprès de la famille, l’accompagnement scolaire et pédagogique et, lorsqu’il est indiqué, le traitement médicamenteux.
Et concernant spécifiquement les PEHP, la recommandation est particulièrement claire : dès que le diagnostic de TDAH est posé chez l’enfant ou l’adolescent, la HAS recommande de proposer en première intention un Programme d’Entraînement aux Habiletés Parentales. Ces programmes sont particulièrement indiqués lorsque des difficultés comportementales ou un trouble oppositionnel avec provocation sont également présents.
Autrement dit : accompagner les parents n’est pas un petit “plus” autour de la prise en charge de l’enfant.
Cela en fait partie.
Et ça me paraît fondamental.
Parce qu’avoir un enfant avec un TDAH peut sérieusement ébranler le sentiment de compétence parentale
Lorsqu’on est parent d’un enfant avec un TDAH, les conseils éducatifs habituels peuvent parfois sembler fonctionner… chez les enfants des autres.
On répète.
Puis on répète qu’on a déjà répété.
On finit par s’énerver parce qu’on répète.
Puis on culpabilise de s’être énervé.
On se demande pourquoi une consigne apparemment toute simple devient une négociation de 25 minutes.
Et il faut ajouter à cela le regard extérieur.
Celui de la famille. Des autres parents. Parfois de l’école. De la personne dans le supermarché qui observe la crise et qui, manifestement, sait exactement comment elle aurait élevé votre enfant à votre place.
À force, il devient très facile de se demander :
“Est-ce que je m’y prends mal ?”
Or c’est justement l’un des intérêts de l’entraînement parental.
Les données scientifiques disponibles sur les programmes comportementaux d’entraînement parental dans le TDAH montrent des effets positifs non seulement sur certains comportements de l’enfant, mais également sur les pratiques parentales, la relation parent-enfant et le sentiment de compétence parentale. Une méta-analyse portant sur 27 études retrouve notamment des bénéfices qui persistent plusieurs mois après l’intervention.
Et, pour moi, c’est essentiel.
Le but n’est pas de fabriquer des “parents parfaits”.
Le but est de redonner aux parents des leviers.
Mais Barkley, concrètement, qu’est-ce que c’est ?
Russell Barkley est l’un des chercheurs ayant largement travaillé sur le TDAH et les comportements d’opposition.
Le programme qui porte son nom repose sur une idée finalement assez pragmatique : lorsque certains comportements de l’enfant mettent continuellement le système familial sous tension, il est possible d’aider les parents à observer autrement ce qui se passe, modifier certaines de leurs réponses et mettre en place des stratégies éducatives plus adaptées.
On ne cherche donc pas à “dresser” un enfant.
Et on ne cherche certainement pas à faire disparaître son TDAH.
On travaille sur les interactions et sur l’environnement.
C’est d’ailleurs cohérent avec la manière dont la HAS décrit aujourd’hui les PEHP : des programmes destinés à aider les parents à adapter leurs stratégies éducatives au quotidien, fondés notamment sur des principes comportementaux, cognitifs et émotionnels.
À quels problèmes le PEHP peut-il répondre ?
Le programme est particulièrement intéressant lorsque le quotidien familial est fortement perturbé par l’impulsivité, l’opposition, les difficultés à respecter les consignes ou les règles, les conflits récurrents et les escalades entre l’enfant et ses parents.
On va notamment travailler sur la manière de donner une consigne, l’attention positive portée aux comportements adaptés, le renforcement positif, la gestion des comportements problématiques, l’anticipation de certaines situations difficiles, les systèmes de récompenses ou encore la manière de réagir lorsque l’enfant ne respecte pas une règle.
Mais derrière ces outils, l’enjeu est plus large.
Il s’agit progressivement de sortir de la répétition, de l’épuisement et de l’escalade.
Comprendre ce qui se joue.
Identifier ce sur quoi le parent peut agir.
Tester.
Observer.
Ajuster.
Et retrouver progressivement le sentiment de savoir quoi faire lorsque la situation se complique.
Est-ce que j’adhère absolument à tout ? Non.
Et c’était aussi important pour moi de le dire.
Le programme de Barkley est ancien. Certains outils me parlent beaucoup. D’autres correspondent moins spontanément à ma manière d’accompagner les familles et certains peuvent me mettre moins à l’aise.
Cela ne signifie pas qu’il faut jeter l’ensemble du programme.
Cela signifie qu’un protocole reste, à mes yeux, un cadre de travail et non une recette à appliquer mécaniquement à toutes les familles.
Une famille n’est pas un protocole.
Un enfant non plus.
L’âge de l’enfant, son profil, ses éventuelles comorbidités, son niveau de développement, la dynamique familiale, l’épuisement parental, les valeurs éducatives des parents… tout cela compte.
L’objectif sera donc de conserver la cohérence et les principes du programme tout en réfléchissant à leur mise en œuvre avec les parents.
D’ailleurs, la littérature scientifique elle-même s’intéresse aujourd’hui aux composantes des programmes qui produisent les meilleurs résultats et à la manière de les ajuster.
Comment se déroule le programme dans ma pratique ?
Avant de commencer les dix séances du programme, j’ai choisi d’ajouter ce que j’appelle une “séance 0”.
Cette première rencontre réunit l’enfant et ses parents.
Elle me permet de comprendre la situation familiale, les difficultés rencontrées au quotidien, les attentes des parents et d’observer certaines interactions.
Surtout, elle permet de répondre à une question essentielle :
Est-ce que ce programme est réellement indiqué pour cette famille, à ce moment-là ?
Parce que le PEHP n’a pas vocation à devenir la réponse automatique dès qu’un enfant présente un TDAH.
À l’issue de cette première rencontre, nous déterminons les objectifs prioritaires et si le programme correspond aux besoins de la famille.
Ensuite, le fonctionnement change : l’enfant ne participe pas aux séances du PEHP.
Les séances suivantes ont lieu avec les parents.
Pourquoi travailler avec les parents plutôt qu’avec l’enfant ?
Parce que c’est précisément le principe de l’entraînement aux habiletés parentales.
On ne demande pas à l’enfant de venir chaque semaine “apprendre à mieux se comporter”.
On travaille avec les adultes qui l’accompagnent au quotidien afin qu’ils puissent expérimenter de nouvelles stratégies entre les séances.
Le programme devient donc un aller-retour permanent entre ce que nous travaillons ensemble et la vraie vie :
séance → expérimentation à la maison → observation → ajustement → nouvelle expérimentation.
Et c’est probablement ce que j’apprécie le plus dans cette approche.
C’est extrêmement concret.
Dix séances, mais pas dix cours magistraux
Le programme que je propose se déroule généralement sur 10 séances avec les parents, après la séance 0.
Lorsque cela est possible et pertinent, la participation des deux parents est intéressante afin de construire des stratégies cohérentes. Certaines configurations familiales nécessitent évidemment des adaptations : cela s’évalue au cas par cas.
Les dix séances suivent une progression structurée.
On ne choisit pas simplement le thème du jour selon la difficulté rencontrée pendant la semaine.
Chaque étape prépare la suivante, avec des outils à expérimenter entre deux rendez-vous.
Cela permet de construire progressivement de nouvelles habitudes plutôt que d’accumuler des “astuces éducatives”.
Et finalement, pourquoi cette formation maintenant ?
Parce qu’après deux ans d’accompagnement parental, je ne voulais pas simplement disposer de davantage d’outils.
Je voulais disposer d’un cadre.
Un cadre suffisamment structuré pour ne pas réinventer l’accompagnement à chaque famille.
Suffisamment étayé pour savoir pourquoi je propose telle stratégie plutôt qu’une autre.
Mais suffisamment souple aussi pour rester compatible avec ce qui constitue, pour moi, le cœur de la psychopédagogie : comprendre le fonctionnement singulier d’un enfant et de sa famille avant de chercher à modifier quoi que ce soit.
Les parents d’enfants avec un TDAH n’ont pas besoin qu’on leur explique qu’ils devraient “mieux cadrer leur enfant”.
Ils ont besoin de comprendre.
D’outils concrets.
D’un espace où ils peuvent dire que c’est difficile sans être jugés.
Et parfois, simplement, de retrouver cette pensée :
“Je sais mieux ce qui se passe. Je sais ce que je peux essayer. Et si cela ne fonctionne pas, je peux ajuster.”
C’est exactement là que j’ai envie de situer cet accompagnement.
Vous êtes parent d’un enfant avec un TDAH ?
Si vous vous reconnaissez dans certaines des situations évoquées ici et souhaitez savoir si un Programme d’Entraînement aux Habiletés Parentales peut correspondre à votre famille, une première rencontre permet justement de faire le point.
La séance 0 se déroule avec le ou les parents et l’enfant afin d’évaluer les besoins, la dynamique familiale et la pertinence du programme avant de commencer les dix séances.


