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Canicule, TDAH et autisme : "Nous ne sommes pas encore remis de la semaine dernière"… et c’est normal

Depuis quelques jours, plusieurs personnes que j’accompagne me font le même constat : elles ne se sentent pas encore remises de la précédente vague de chaleur, alors qu’il faut déjà affronter un nouvel épisode caniculaire.


Elles se décrivent comme épuisées, ralenties, irritables, avec davantage de difficultés à réfléchir, à s’organiser ou à supporter les sollicitations habituelles.


Du côté des parents, le constat est également fréquent : les enfants présentant un TDAH, un trouble du spectre de l’autisme, ou les deux, semblent plus agités, plus opposants, plus sensibles, plus sujets aux crises ou beaucoup moins disponibles que d’ordinaire.

Oui, c’est normal.


La chaleur ne provoque pas le TDAH ou l’autisme et ne fait pas "régresser" durablement la personne. Elle exerce toutefois une contrainte réelle sur l’organisme, le sommeil, les fonctions cognitives, la régulation émotionnelle et le traitement des informations sensorielles.

Lorsque le quotidien nécessite déjà d’importants efforts de compensation, la marge disponible peut rapidement devenir très faible.


Pendant une canicule, le corps travaille davantage


Le corps humain cherche en permanence à maintenir sa température interne dans une zone stable.

Lorsqu’il fait très chaud, il augmente notamment la transpiration et le débit sanguin vers la peau afin d’évacuer la chaleur. Ces mécanismes sollicitent les systèmes cardiovasculaire, respiratoire, rénal et nerveux.

Autrement dit, l’organisme dépense de l’énergie simplement pour maintenir son équilibre.


La chaleur peut ainsi entraîner :

  • une fatigue inhabituelle ;

  • des maux de tête ;

  • une sensation de faiblesse ;

  • une irritabilité accrue ;

  • une diminution de la vigilance ;

  • des difficultés de concentration ;

  • un ralentissement de la pensée ;

  • une moindre tolérance au bruit, aux demandes et aux imprévus.


Santé publique France rappelle que la fatigue inhabituelle et la perte de concentration peuvent constituer les premiers signes des effets de la chaleur. L’Organisation mondiale de la santé indique également que les fortes chaleurs peuvent altérer les performances physiques et cognitives.

Il ne s’agit donc pas d’un manque de volonté. Une partie des ressources de la personne est déjà mobilisée pour supporter la température.


Pourquoi ne récupère-t-on pas immédiatement ?


Il est possible de rester épuisé plusieurs jours après une vague de chaleur, surtout lorsque les épisodes se succèdent.

La chaleur n’est pas littéralement "stockée" dans le corps. En revanche, ses conséquences peuvent s’accumuler :

  • plusieurs nuits de sommeil peu réparateur ;

  • une hydratation insuffisante ;

  • une alimentation perturbée ;

  • une surcharge sensorielle prolongée ;

  • des activités maintenues malgré la fatigue ;

  • l’absence d’un véritable temps de récupération.


Lorsque les nuits restent chaudes, l’organisme a plus de mal à abaisser sa température interne, ce qui perturbe l’endormissement et la qualité du sommeil. Même sans réveils clairement identifiés, le sommeil peut devenir plus léger et plus fragmenté.


Or, le manque de sommeil fragilise précisément les capacités dont nous avons besoin pour supporter la journée : attention, mémoire de travail, inhibition, prise de décision et régulation émotionnelle.

Lorsqu’une nouvelle vague commence, certaines personnes ne partent donc pas avec des batteries pleines. Elles abordent ce nouvel épisode avec des ressources déjà entamées.


Pourquoi les effets sont-ils parfois plus visibles avec un TDAH ?


Le TDAH implique des difficultés variables dans la régulation de l’attention, de l’impulsivité, de l’activité et, très fréquemment, des émotions.

Pour fonctionner au quotidien, la personne doit parfois fournir un effort conscient pour :

  • se remettre à une tâche après une distraction ;

  • retenir plusieurs informations ;

  • anticiper ses besoins ;

  • inhiber une réaction immédiate ;

  • tolérer l’attente ou la frustration ;

  • organiser ses affaires et ses actions ;

  • rester disponible malgré les sollicitations environnantes.


Lorsque la chaleur et le manque de sommeil réduisent les ressources disponibles, les manifestations du TDAH peuvent devenir temporairement plus visibles.

L’enfant peut être plus agité, impulsif ou explosif. Il peut interrompre davantage, refuser une consigne qui lui aurait semblé accessible un autre jour ou se mettre à pleurer pour ce qui paraît être un détail.


À l’inverse, il peut sembler complètement ralenti, inattentif ou incapable de commencer une tâche.


Chez l’adulte, cela peut se traduire par une augmentation des oublis, une impression de brouillard mental, davantage de procrastination, une difficulté à hiérarchiser les priorités ou une perte d’efficacité inhabituelle.


Les liens entre sommeil, fonctions exécutives et régulation émotionnelle sont particulièrement importants dans le TDAH. La personne ne fait pas nécessairement moins d’efforts : elle dispose temporairement de moins de ressources pour produire le même résultat.


Dans l’autisme, la chaleur peut devenir une surcharge globale


Chez une personne autiste, la difficulté ne repose pas uniquement sur la température mesurée.


La peau humide, les vêtements qui collent, l’odeur de la transpiration, la lumière intense, le bruit du ventilateur, les fenêtres ouvertes, les moustiques ou le changement de literie peuvent constituer autant de stimulations supplémentaires.

Une solution rafraîchissante pour une personne peut par ailleurs être insupportable pour une autre. Une douche fraîche, un linge humide, le souffle d’un ventilateur ou un brumisateur peuvent être vécus comme agressifs sur le plan sensoriel.


Il faut aussi tenir compte de l’interoception, c’est-à-dire de la capacité à percevoir et à interpréter les signaux internes du corps. Certaines personnes identifient difficilement la soif, la fatigue, la surchauffe ou le besoin de s’arrêter.

Elles peuvent donc ne pas dire qu’elles ont trop chaud, tout en devenant progressivement plus irritables, rigides, agitées ou moins communicantes.


La thermorégulation est-elle réellement différente dans l’autisme ?


Il existe des arguments scientifiques en faveur de particularités du système nerveux autonome chez certaines personnes autistes.

Ce système participe notamment au contrôle de la fréquence cardiaque, de la circulation sanguine et de la transpiration. Une étude clinique a retrouvé davantage de dysfonctionnements autonomiques, y compris thermorégulateurs, dans un groupe d’adultes autistes. D’autres travaux montrent cependant des résultats plus nuancés et ne retrouvent pas systématiquement une dysfonction autonome généralisée.

La conclusion la plus juste n’est donc pas que toutes les personnes autistes « thermorégulent mal ».

On peut en revanche dire que certaines personnes autistes peuvent présenter une adaptation corporelle à la chaleur plus complexe, associée à des particularités autonomiques, sensorielles ou interoceptives.


La perception de la température elle-même semble très variable. Certaines études ont retrouvé des seuils thermiques atypiques, tandis que d’autres concluent à des seuils moyens comparables, mais à une plus grande variabilité individuelle.

Une personne peut ainsi ressentir une chaleur modérée comme très pénible. Une autre peut au contraire repérer tardivement qu’elle est en train de surchauffer.


Et sous méthylphénidate ?


Une vigilance particulière est également nécessaire chez les personnes traitées par méthylphénidate.

Les autorités sanitaires américaines classent les stimulants, dont le méthylphénidate, parmi les médicaments pouvant augmenter le risque lié à la chaleur. Leur action peut notamment influencer la température corporelle, la transpiration et la perception de la fatigue.


Il est cependant trop catégorique de dire que toutes les personnes sous méthylphénidate thermorégulent nécessairement moins bien.

Le risque dépend probablement de plusieurs éléments : la dose, la sensibilité individuelle, l’effort physique, l’exposition au soleil, l’hydratation, l’âge et les autres traitements associés.


Le méthylphénidate peut également permettre à une personne de rester active plus longtemps, alors même que son organisme commence à être en difficulté. Les premiers signaux de fatigue ou de surchauffe peuvent alors être moins bien pris en compte.


Il n’existe pas de recommandation générale demandant d’arrêter le méthylphénidate pendant une canicule. Un traitement ne doit pas être interrompu, diminué ou déplacé sans l’avis du médecin prescripteur.

En revanche, il est pertinent de renforcer la surveillance, de limiter les efforts aux heures les plus chaudes et de demander conseil au médecin ou au pharmacien en cas de doute.


Des crises plus fréquentes ne signifient pas que l’enfant "en profite"


Pendant une canicule, l’enfant doit parfois gérer simultanément :

  • un inconfort corporel permanent ;

  • un sommeil insuffisant ;

  • des habitudes modifiées ;

  • une alimentation différente ;

  • davantage de bruit dans la maison ;

  • moins de possibilités de sortir ;

  • des adultes eux-mêmes plus fatigués.


La crise peut alors correspondre au moment où son système nerveux ne parvient plus à absorber de sollicitation supplémentaire.

La question n’est pas seulement : "Comment faire cesser ce comportement ?"

Elle peut devenir : "Qu’est-ce qui est devenu trop coûteux pour lui aujourd’hui ?"

Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer toutes les règles. Il est toutefois nécessaire d’ajuster temporairement le niveau d’exigence.

On peut notamment donner une seule consigne à la fois, réduire les tâches non urgentes, annoncer les changements, prévoir davantage de temps calme et éviter les longues discussions éducatives lorsque l’enfant est déjà saturé.


Simplifier plutôt que demander davantage d’efforts


Pendant les fortes chaleurs, les stratégies les plus efficaces sont souvent très concrètes :

  • proposer régulièrement à boire, sans attendre que la personne réclame ;

  • laisser une gourde visible et accessible ;

  • éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes ;

  • fermer les volets exposés au soleil ;

  • rechercher un lieu frais, y compris quelques heures dans la journée ;

  • proposer plusieurs modalités de rafraîchissement compatibles avec le profil sensoriel ;

  • réduire temporairement les rendez-vous, les tâches ou les décisions complexes ;

  • maintenir des routines simples et prévisibles.


Santé publique France recommande notamment de boire avant d’avoir soif, de rester dans un lieu frais et de privilégier les activités douces.


Quand faut-il s’inquiéter ?


Une irritabilité accrue ou une fatigue plus importante peuvent être attendues. Certains signes nécessitent néanmoins une réaction rapide :

  • vertiges ou malaise ;

  • nausées ou vomissements ;

  • maux de tête importants ;

  • crampes ;

  • refus de boire ;

  • diminution importante des urines ;

  • somnolence inhabituelle ;

  • confusion ;

  • agitation très différente de l’ordinaire ;

  • température corporelle élevée.


Une confusion, une perte de connaissance, des convulsions ou une dégradation rapide de l’état général peuvent évoquer un coup de chaleur et constituent une urgence médicale. Chez un enfant ou une personne peu verbale, une modification brutale du comportement peut être le premier signe d’une hyperthermie.


Ce qu’il faut retenir


Pendant une canicule, les difficultés ne sont pas "dans la tête".

Le corps travaille davantage. Le sommeil se dégrade. Les fonctions exécutives et la régulation émotionnelle deviennent moins efficaces. Les sensations corporelles et les stimulations sensorielles sont plus difficiles à supporter.

Chez une personne avec un TDAH ou un TSA, les stratégies habituelles de compensation peuvent alors ne plus suffire.


Les symptômes semblent plus visibles, les crises deviennent plus fréquentes et certaines demandes ordinaires paraissent soudainement impossibles.

Cela ne signifie pas que la personne régresse ou qu’elle manque de bonne volonté.

Cela signifie souvent qu’elle est arrivée au bout de ses ressources disponibles.

Pendant ces périodes, ralentir, simplifier, hydrater, rafraîchir et diminuer temporairement les exigences ne relève pas du laxisme.


C’est une adaptation nécessaire à ce que le corps et le cerveau sont réellement capables de supporter.

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