Fêtes de fin d’année et neuroatypies : anticiper pour mieux vivre les festivités quand on est TSA ou TDAH
- Adèle Wistrand
- 17 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 nov. 2025
Pour beaucoup, les fêtes de fin d’année sont synonymes de joie, de chaleur et de retrouvailles. Pour d’autres, notamment pour les personnes TSA (trouble du spectre de l’autisme) ou TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), cette période peut aussi rimer avec fatigue sensorielle, surcharge émotionnelle et besoin de retrait.
Il ne s’agit pas d’un manque d’envie ou d’un refus de partager ces moments. Le problème est ailleurs : l’environnement festif est souvent extrêmement stimulant, parfois au-delà de ce que le système nerveux peut tolérer sereinement.

Un environnement sensoriel souvent intense
Les fêtes de fin d’année concentrent de nombreux déclencheurs sensoriels et sociaux :
bruit ambiant, conversations multiples, musique, vaisselle, rires,
lumières scintillantes, décorations clignotantes,
interactions sociales prolongées, parfois avec des personnes peu vues le reste de l’année,
rupture des repères et des routines quotidiennes, pourtant essentielles pour beaucoup de personnes neuroatypiques.
Un jeune que j’accompagne m’a confié récemment :
« J’adore Noël, j’aime préparer la maison, faire la déco, cuisiner. Mais dès que tout le monde arrive, je me sens submergé. J’ai juste envie que ça s’arrête. »
Ce ressenti est fréquent. Ce n’est ni une contradiction, ni une mauvaise volonté. C’est la manifestation directe d’une surcharge sensorielle et émotionnelle.
Anticiper pour reprendre un peu de contrôle
La clé n’est pas de “forcer” la participation ou de “s’adapter coûte que coûte”, mais d’anticiper, structurer et aménagerle contexte pour qu’il soit plus soutenable.
1. Clarifier le déroulement en amont
Un planning clair, visuel ou écrit, permet de réduire l’anxiété liée à l’imprévisibilité :
horaires de début et de fin,
nombre de personnes présentes,
déroulement de la soirée,
possibilités de pauses ou de retrait au calme.
Ce repérage préalable aide le cerveau à se préparer aux stimulations à venir.
2. Prévoir une “bulle de respiration”
Avoir une pièce refuge (chambre, bureau, cuisine calme…) ou un coin sensoriellement apaisant est une stratégie légitime et protectrice.
Pouvoir s’y retirer ponctuellement, sans devoir se justifier, évite d’atteindre la saturation totale.
3. Se donner un rôle “stratégique”
Certaines personnes TSA ou TDAH participent plus facilement aux fêtes en ayant une mission précise : surveiller le four, servir les boissons, organiser les cadeaux, mettre de la musique, s’occuper de la logistique. Ce rôle donne un point d’ancrage et permet de limiter la dispersion attentionnelle ou les interactions sociales multiples en simultané.
4. Anticiper les codes sociaux implicites
Recevoir un cadeau est un moment à forte charge sociale : on attend souvent un sourire, une exclamation, un contact visuel. Mais pour certaines personnes TSA ou TDAH, ressentir une émotion et l’exprimer de manière attendue sont deux choses différentes.
Expliquer cela à la famille en amont peut désamorcer les malentendus.Un travail préparatoire peut aussi consister à s’entraîner à des scénarios simples et rassurants, comme dire « merci beaucoup » ou « j’aime beaucoup » avec un ton neutre et sincère.
5. Alléger la charge sensorielle
Baisser le volume de la musique ou éteindre les lumières clignotantes peut déjà faire une vraie différence.
Les bouchons d’oreilles ou casques anti-bruit sont des outils précieux.
Prévoir des pauses régulières est souvent plus efficace que d’attendre la saturation.
Une vigilance particulière autour de l’alcool*
Les troubles de l’attention sont associés à un risque accru de conduites addictives. Ce risque est bien documenté scientifiquement.
Chez les personnes TDAH, le cerveau présente souvent une dysrégulation de la dopamine (neurotransmetteur central du circuit de la récompense). L’alcool vient stimuler artificiellement ce système, créant une sensation de soulagement et de bien-être immédiat, souvent plus marquée que chez les personnes neurotypiques.
Ce mécanisme est piégeux :
un premier verre apporte un apaisement ou une stimulation rapide,
cela incite à “remplir à nouveau le réservoir” avec un deuxième, puis un troisième verre,
la consommation peut alors devenir rapide, moins contrôlée et entraîner une perte de repères.
Dans un contexte festif, bruyant et socialement exigeant, ce risque est particulièrement présent. Anticiper, poser un cadre clair (nombre de verres, temps, alternatives non alcoolisées) et s’entourer de personnes de confiance peut réellement protéger.
Ce qu'il faut retenir :
Les fêtes ne sont pas neutres sensoriellement. Pour une personne TSA ou TDAH, elles peuvent être éprouvantes et déclencher une surcharge rapide.
L’anticipation, l’aménagement des espaces et la préparation aux interactions sociales peuvent considérablement réduire cette charge.
Les stratégies d’adaptation (retrait ponctuel, rôle logistique, rituels sociaux préparés) ne sont pas des “fuites”, mais des mécanismes de régulation légitimes.
La vigilance autour de l’alcool* est importante, non par moralisme, mais parce que la vulnérabilité neurochimique y est bien réelle.
L’objectif n’est pas de “faire comme tout le monde”, mais de trouver une manière soutenable et respectueuse de vivre ces moments collectifs, sans s’y perdre soi-même.
*à consommer avec modération. Cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas un avis médical ou thérapeutique. Pour un accompagnement personnalisé, rapprochez-vous d’un professionnel de santé ou d’un(e) psychopédagogue formé(e) aux troubles neurodéveloppementaux.


